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Credits : Poste 4 / Développlan

8 juin 2014

Jan Linders : « Karlsruhe est un peu comme l'amante de Strasbourg »

  • Yann Linders © DR

L'année dernière, pour la première fois le Festival Premières était organisé à Karlsruhe. Cette année, retour à Strasbourg : Jan Linders peut s'offrir le luxe d'un festival sans stress et profiter de quelques jours de pur plaisir à Strasbourg.

Le premier jour du festival est derrière nous : comment ça se passe pour l'instant ?
Je suis très content de voir les flèches « pink » dans toute la ville. C'est une idée qui s'est développée à Karslruhe et c'est bien de voir le lien entre les deux villes. Nous sommes arrivés en bus, c'était très chouette parce que cette fois, je ne devais pas conduire, et je n'ai pas du me presser pour prendre le train. J’ai pu exercer ma deuxième profession préférée dans le bus : animateur. J'ai expliqué un peu les pièces du festival, parlé de la beauté des Vosges et de la Forêt-Noire, on a vu la cathédrale et c'était agréable d'être avec des personnes intéressées par les spectacles. J'ai beaucoup aimé Amatorki, c'est un début fort pour moi, parce que c'est un texte d'Elfriede Jelinek. Chez nous à Karlsruhe, on va monter un de ses textes ; Schatten. C'était donc intéressant de voir comment une jeune metteure en scène polonaise propose sa version de Jelinek avec autant d'énergie. Cette hystérie, je trouve ça très bien. En plus, il fait beau et les salles sont pleines. Les places pour le festival ont presque toutes été vendues et ça, c'est le plus important.

Quel effet cela fait-il de revenir voir Premières à Strasbourg après avoir eu le festival chez toi, à Karlsruhe ?
Je pense que ce n'est plus le même festival. Je le connais depuis des années, avant, j'y étais toujours présent en tant qu'invité. Maintenant, c'est un peu mon festival aussi, notre festival. Nous rencontrons beaucoup d'amis avec qui on a travaillé. Ce qui est bien, c'est que cette fois-ci, je n'ai pas à travailler beaucoup, je peux profiter des spectacles et laisser les théâtres français jouer leur rôle d'hôtes.

Le festival a-t-il changé depuis que le théâtre de Karlsruhe est impliqué ?
Il y a les surtitrages bilingues, le journal est bilingue, les fêtes sont animées par des musiciens berlinois, mes acteurs viennent tout comme le public de Karlsruhe. C'est une grande joie de faire partie du festival. Traverser le Rhin, ce n'était pas facile il y a 70 ans. En ce moment, nous fêtons les 70 ans du D-Day. Maintenant, c'est différent. En Europe, nous visitons et nous découvrons ensemble. Ce n'est plus de l'occupation, c'est une découverte.

De quelle manière Karlsruhe est-elle impliquée dans le festival lorsqu'il a lieu à Strasbourg ?
La ville de Karlsruhe finance en partie le festival en partenariat avec les institutions culturelles d’ici. Strasbourg est jumelée avec Stuttgart, Karlsruhe est un peu comme son amante. Strasbourg et Stuttgart, c'est un vieux mariage, il n'y a plus d'érotisme. Nous essayons des choses nouvelles. Nous avons travaillé avec la France pour divers événements et festivals, nous voulons renforcer le lien entre les deux villes. Cette collaboration artistique est une bonne raison d'aider à financer le festival. Elle ne doit pas seulement être économique et politique puisque les artistes et les institutions culturelles doivent aussi se rencontrer.

C'est donc une manière de renforcer le lien franco-allemand ?
Nous parlons toujours de Merkel et Hollande. Pourquoi ne pas mentionner toutes les initiatives culturelles, et même économiques, que l'on trouve en dehors de la relation entre les chefs d’État et les grandes entreprises ? Il n'y a pas seulement les rencontres entre politiciens et les accords signés lors de ces rencontres. La relation franco-allemande, c'est celle entre les gens, et cela se sent bien plus à Strasbourg et à Karlsruhe qu'à Berlin et Paris. Nous sommes au cœur de l'Europe, c'est parfait pour faire se rencontrer des artistes européens.

Quelle est ta place dans le festival à Strasbourg ?
Cette année, c'est super. Je me suis arrangé pour pouvoir être là le plus possible, rencontrer des gens, s'occuper des bus et du public allemand. C'est un peu comme des vacances artistiques.

L'année dernière, avec Bernard Fleury et Olivier Chabrillange, tu as déclaré à propos de la collaboration franco-allemande et du travail en commun malgré les différences : « On va trouver un équilibre ». Qu'en est-il actuellement ?
L'équilibre, ce n'est pas quelque chose de stable. C'est une balance. Il faut toujours travailler sur l'équilibre. C'est très intéressant: le festival a été inventé ici, et l'année dernière, on l'a réinventé chez nous, en Allemagne. Maintenant, on laisse faire les Français, avec leur propre style, leurs idées, qui sont bonnes. À nous de découvrir comment encourager les allemands à se déplacer. Quant aux relations entre collègues des différents théâtres, elles deviennent de plus en plus fortes. On se rend visite, on s'invite mutuellement à voir des spectacles. J'espère que cela continuera comme ca avec la nouvelle direction du TNS, qui va être nommée prochainement. Le festival est précieux mais fragile.

Vos manières de faire sont très différentes, notamment en matière de communication. N'est-ce pas difficile de travailler ensemble ?
À Karlsruhe, on a utilisé la provocation pour dire qu'une chose nouvelle était arrivée en ville. À Strasbourg, Premières est une marque classique. C'est une autre stratégie de communication. Le marketing doit être adapté à la ville où le festival se trouve. Chez nous, les affiches sont en bleu et rose, ça représente une variation du drapeau français. Ici, c'est le blanc, avec du rose et seulement un peu de bleu. En fait, il est plus difficile de trouver un accord en matière de marketing que sur le plan artistique. Quelquefois, j'ai l'impression de jouer un rôle d'ambassadeur qui doit user de beaucoup de diplomatie pour trouver l'équilibre en matière de marketing. C'est un domaine où chacun pense savoir exactement ce que l'on doit faire.

Le festival n'a eu lieu qu'une seule fois à Karlsruhe pour l'instant, ce n'est pas encore une marque établie. Comment faire se déplacer le public en France ?
C'est difficile. Nous avons mis en place des bus, imprimé des dépliants, fait de la publicité, tout ce qui était possible. Les gens de Karlsruhe sont très fidèles à leur propre théâtre. Mais Strasbourg, c'est loin, c'est à une heure de bus. Pour moi qui voyage toutes les semaines, c'est peu. Mais il est difficile de convaincre les gens de se déplacer quand ils n'ont pas l'habitude de le faire. Il y a également une petite peur des langues étrangères. Strasbourg est une ville internationale, il y a le parlement européen. Karlsruhe est une ville très allemande, cela prendra du temps pour convaincre le public de prendre le risque de se déplacer.

Plus personnellement, que représente Premières pour toi ?
La curiosité : je suis très curieux. Je n'aime pas être seul, et un festival est l'endroit parfait pour ne pas l'être. On découvre des choses ensemble, c'est comme un voyage. Aujourd'hui, sur scène, j'ai découvert la Pologne. Demain, je vais voir la Lettonie, je n'y étais jamais. De plus, je rencontre des artistes avec lesquels je pourrais travailler plus tard.

L'année prochaine, retour à Karlsruhe ?
Oui ! On a même une petite invention, la carte « Save the date », pour que les fidèles du festival puissent déjà se réserver les dates pour l'année prochaine. Quand je les distribue, les français me disent : « Oh, vous les Allemands, vous êtes tellement organisés ! » Mais maintenant, ils le savent : on se voit du 4 au 7 juin 2015 à Karlsruhe !

Marie Gutbub et Odile Kieffer

Photo © DR

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