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Badisches Staatstheater Karlsruhe / Maillon / TNS

Credits : Poste 4 / Développlan

7 juin 2014

Au coeur de la programmation du Festival Premières avec Bernard Fleury

  • Bernard Fleury © DR

Bernard Fleury, Directeur du Maillon et co-fondateur du Festival Premières, présente différentes manières d’appréhender la mise en scène en Europe et livre ses premières impressions concernant cette 9ème édition du Festival Premières.

Pouvez-vous revenir sur les origines du festival Premières ?
Le Festival Premières est né d'un croisement d'énergies et du désir de se rapprocher en quelque sorte du festival de l'UTE (Union des Théâtres de l'Europe créé en 1990). Le contexte de l'époque voulait qu'on s’intéresse à une façon différente de faire du théâtre. En arrivant à la direction du Maillon en 2002, j'ai voulu une ouverture vers le théâtre allemand. Dans le même temps, Stéphane Braunschweig, Directeur du TNS depuis 2000 venait d'ouvrir une section mise en scène à l’Ecole du TNS. Avec Stéphane, Didier Julliard (Secrétaire général du TNS, ndlr) et Barbara Engelhardt (Directrice artistique du Festival Premières), nous avons donc créé rapidement ce festival avec en tête deux lignes directrices : la mise en scène aujourd'hui en Europe et l’émergence de nouveaux metteurs en scène.

Le Maillon s'intitule « Théâtre de Strasbourg, Scène européenne ». Ainsi, existe-t-il des points de recoupement et/ou des différences entre la programmation du Maillon et celle de Premières ? Quand vous bâtissez la programmation du Maillon, avez-vous en tête celle de Premières et inversement ?
Oui, bien sûr et je pense surtout à donner une suite à Premières, dans la programmation du Maillon, mais aussi grâce aux liens que nous entretenons avec le TNS, Karlsruhe et La Filature de Mulhouse. En terme de recherche de programmation, un festival tel que Premières est vraiment du « pain béni » pour les professionnels que nous sommes et pour les programmateurs nationaux et internationaux qui viennent de plus en plus nombreux assister aux représentations.

Combien de spectacles voyez-vous dans l'année pour Premières ?
J'en vois entre 15 et 20 pour le festival. C'est essentiellement Barbara Engelhardt qui structure la programmation. Olivier Chabrillange (Conseiller à la programmation au TNS), Jan Linders (Directeur de la section théâtre au Badisches Staatstheater de Karlsruhe) et moi-même lui apportons des informations, des suggestions, ensemble nous créons un réseau. Au fil des éditions, elle a acquis une certaine autonomie garantissant ainsi la qualité de la sélection programmée.

Quel regard portez-vous sur les différentes manières de mettre en scène en Europe ? Y-a-t-il des manières radicalement différentes de la concevoir ?
L'exemple allemand illustre bien une différence par rapport à la conception de la mise en scène en France. En effet, adepte des Théâtres d'Ensemble, les théâtres de ce pays fonctionnent avec de grosses équipes permanentes (entre 400 et 1000 personnes y travaillent), ce qui a forcément des répercussions dans la manière dont nous abordons la mise en scène. Du coup, les compagnies allemandes indépendantes qui n'appartiennent pas à ces ensembles montrent une plus grande radicalité dans leurs créations que les compagnies françaises.

Comment découvre-t-on un spectacle intéressant et surtout comment renouvelle-t-on sa curiosité face à toutes ces propositions théâtrales ?
Le plus important en sortant d'un spectacle, c'est comment on arrive à parler d'une forme théâtrale. Je pense souvent à un proverbe chinois : « Le sage désigne la lune et l'idiot regarde le doigt ». Ainsi, si nous nous concentrons uniquement sur un détail qui fait que nous avons aimé ou pas un spectacle, nous oublions où la forme nous emmène. Il faut se demander ce qu'il y a de nouveaux en elle et écarter le passé.

Nous sommes à la 9ème édition du Festival. Il y a eu une édition à 5 jours, une édition annulée, puis l'arrivée de Karlsruhe qui a redonné du souffle au festival, comment imaginez-vous l'avenir et le développement du festival ?
La suite est extrêmement liée à la nouvelle direction du TNS, le festival ne faisant pas partie de son cahier des charges, à la différence du Maillon. L'année prochaine, l'édition aura lieu à Karlsruhe ce qui nous laisse quelques mois avant de l’accueillir de nouveau à Strasbourg.

Avec cette 9ème édition, y-a-t-il de nouveaux challenges à relever ?
Un des challenges concerne les spectateurs. Il faut conserver l'hétérogénéité des publics et l'élargir. Il y a eu environ 4000 spectateurs à Karlsruhe l'année dernière, l'enjeu est de les faire venir à Strasbourg. Le Rhin est avant tout un fleuve d'échange avant d'être un marqueur de frontière. Quand on a un tiers de spectateurs allemands dans la salle, l'ambiance, les réactions, sont complètement différentes. Il faudrait également creuser dans les années à venir, pourquoi pas avec les universités, en quoi le contexte socio-économique ainsi que politique influencent la manière de créer. L'art théâtral étant l'un des facteurs de la compréhension du monde. Enfin, il faut également essayer de se questionner sur la porosité des disciplines. On assiste à des spectacles où la pluridisciplinarité est de plus en plus importante ; mais est-ce toujours du théâtre ?

Pensez-vous qu'il soit envisageable de travailler avec des pays qui n'auraient pas encore été représentés à Premières ? Et quelles seraient alors vos envies à titre personnel ?
J'aimerais beaucoup accueillir des pays nordiques comme la Suède, le Danemark, la Norvège, mais le contact n'est pas évident. Nous avons également des difficultés avec l'Angleterre et l'Irlande où le théâtre fonctionne plutôt de manière privative. Nous n'avons pas encore trouvé de metteurs en scène tchèque, des pays balkaniques, encore fragilisés par les récents conflits politiques.

Pour cette édition, quel est votre coup de cœur ?
Ma position ne me permet pas de vous les dévoiler ! En revanche, susciter d'éventuels coups de cœur chez les spectateurs me paraît le plus important dans ce marathon théâtral.

Juliette Petitjean et Marilyne Rouhier

Photo © DR

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