Site officiel du festival Premières, jeunes metteurs en scène européens,
Badisches Staatstheater Karlsruhe / Maillon / TNS

Credits : Poste 4 / Développlan

5 juin 2014

Premières : entre collaboration et multiculturalisme, regard d'Olivier Chabrillange sur un festival en mouvement

  • © Alexandre Schlub

Olivier Chabrillange, actuellement conseiller à la programmation au Théâtre National de Strasbourg, débute sa carrière en 1981 en travaillant pour une jeune compagnie de théâtre semi-professionnelle. Puis, il suit une formation d’administrateur culturel, et intègre l’équipe du Festival d’Avignon, dirigé alors par Alain Crombecque, avant de rejoindre en 1990 le Festival d’Automne à Paris. C’est à cette période qu’il rencontre Julie Brochen, encore élève au Conservatoire d’art dramatique de Paris. Après 20 ans de compagnonnage, il décide de la suivre au TNS lorsqu’elle en prend la direction.

Y a-t-il une différence dans votre travail entre programmer une saison théâtrale sur l’année et faire la programmation d’un festival, plus resserré par nature ?
Ces deux démarches se recoupent car, quand je me déplace pour voir un spectacle en France ou à l’étranger pour le TNS, j’ai aussi la perspective du festival Premières en tête. Du coup, j’essaie toujours, lors de mes déplacements, de voir plusieurs spectacles en même temps, les uns davantage pour le TNS, les autres plus pour Premières. De plus, comme les subventions diminuent, quand on a l’occasion de se rendre dans des pays aux frontières de l’Europe, on en profite pour voir le maximum de spectacles. Je vois environ 200 spectacles par saison et plus particulièrement, entre 40 et 50 pour le festival. Pour construire la programmation du TNS, on part des choix de Julie Brochen, des créations qui seront présentées, puis on cherche un parcours cohérent, des raccords entre les spectacles. Il faut trouver la juste articulation.

Le TNS est reconnu pour proposer un « théâtre de texte » alors que, dans cette édition du festival Premières, le texte ne semble pas être la préoccupation essentielle des jeunes metteurs en scène invités. Quels sont les point communs et/ou différences entre ces deux programmations ?
C’est juste, mais il y a toutefois une vraie résonance entre les deux programmations. Par exemple, Magnificat, le spectacle de la metteure en scène polonaise Marta Górnicka autour du chœur religieux été programmé à Premières il y a deux ans. Cette saison, elle est revenue au TNS avec son dernier spectacle RequiemMachine, en partenariat avec le Maillon. C’est également le cas avec Matthieu Roy (ancien élève du TNS) qui sera programmé l’année prochaine au TNS et qui a déjà présenté un spectacle au festival Premières.

Par ailleurs, le TNS abrite une école d’élèves comédiens, metteurs en scène, scénographes et régisseurs. Or, le festival s’intéresse aux artistes issus des écoles, ce qui permet de faire un lien naturel entre le festival et le TNS.

Il est vrai que Premières est un festival européen davantage axé sur les questions de forme. C’est bien là que réside l’identité du festival. Pour autant, il ne faut pas le scinder totalement de la programmation annuelle du TNS : il y a toujours une articulation à trouver.

Dans le cadre du festival, vous êtes plusieurs programmateurs. Quel est le rôle de chacun ? Comment vous complétez-vous ?
Bernard Fleury (directeur du Maillon), Jan Linders (Directeur de la section Théâtre au Badisches Staatstheater de Karlsruhe), et moi-même faisons nos propositions de spectacles à Barbara Engelhardt (Directrice artistique du Festival Premières). Nous échangeons sur les spectacles, nous lui adressons différentes remarques. Après, c’est à elle de garantir les couleurs, la tonalité du festival. Il y a certaines évidences, comme le spectacle Legionnaires, puisque nous n’avions encore jamais programmé de spectacle letton. Nous sommes tous les quatre en discussion, on n’impose jamais à tout prix un spectacle. Au final, c’est Barbara qui décide, car c’est elle qui voit le plus de spectacles et qui se déplace le plus.

Pour vous, où se situent les prises de risque les plus importantes dans le cadre de ce festival ?
Elles se situent à la fois sur le fond, dans les sujets évoqués par les spectacles, et dans la forme. De plus, donner une chance à de jeunes metteurs en scène de s’exprimer sur leur vision du monde, c’est en quelque sorte leur permettre de réaliser leur rêve. Cela permet également une confrontation entre artistes ou entre compagnies qui donnent à réfléchir sur la conception du théâtre et la manière dont ils l’ont apprise ou la pratiquent.

Pensez-vous qu’il soit envisageable de travailler avec des pays qui n’auraient pas encore été présentés à Premières ? Quelles envies avez-vous ?
Des pays du Nord de l’Europe ne sont jamais encore venus comme la Norvège, la Suède, l’Irlande. J’ai envie qu’il y ait une diversité encore plus grande des pays accueillis. Cependant, le festival est court, on doit se limiter à une dizaine de spectacles. C’est un vrai « festival marathon » !

Avec cette neuvième édition, y a-t-il des nouveaux challenges à relever ?
Nous arrivons à la fin d’un cycle puisque Julie Brochen quitte la direction du TNS le 1er juillet. Maintenant que le festival s’est associé à Karlsruhe, il faut qu’il perdure. Que ce festival puisse exister sur deux pays est assez exceptionnel. Il faut conserver cela. Il y a une bonne entente entre les équipes et elles sont prêtes à porter ensemble le festival.

Un coup de cœur pour cette neuvième édition du festival ?
Mon coup de cœur, c’est le festival ! C’est formidable d’arriver à une neuvième édition. Je pense qu’il faut tout voir, même si des spectacles nous paraissent plus fragiles. Cela valorise leurs différences !

Juliette Petitjean et Marilyne Rouhier

Photo © Alexandre Schlub

blog comments powered by Disqus