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Badisches Staatstheater Karlsruhe / Maillon / TNS

Credits : Poste 4 / Développlan

5 juin 2015

MOUVEMENTS PUBLICS

DU MALAISE DANS LA PARTICIPATION AU THEATRE

Je l'admets : le théâtre qui invite le spectateur sur scène, je n'aime pas ça. C'est volontairement que je fais cette périphrase et que je n'utilise pas le mot participatif. Mon dégoût tout personnel va à ce remuement pédagogique du public. À l'origine de ce remuement : la peur du metteur en scène que je me confronte à la pièce avec autant de vigueur que mon siège douillet et que ma léthargie spirituelle ne soit qu'interrompue lors des applaudissements finals. Le remède le plus simple est la participation physique. L'activité au sens d'un mouvement corporel ne permet ceci dit pas de mesurer à quel point, en tant que spectateur, je suis impliquée dans le dialogue avec la scène.

La pensée est un mouvement invisible. La puissance d'un ordinateur ne se mesure pas non plus à la force des vibrations qui traversent la pièce. Comment pourrait-on alors se concentrer ? Comment penser si je dois bouger en même temps ? Il existe probablement des personnes qui parviennent, par des mouvements corporels, à aborder des thèmes. C'est le cas de la danse. J'aime certes regarder des gens danser, mais je reste une littéraire. Je pense avec la tête et pas avec le corps. Non pas que je considère cette faculté comme étant impossible, mais parce que je n'en suis personnellement pas capable.

Je le reconnais une deuxième fois : ce que j'apprécie au théâtre, c'est de pouvoir réfléchir à ce qu'il se passe sur la scène d'une zone de confort. Pour ce faire, j'ai besoin de temps. Agir tout simplement sans y avoir réfléchi à l'avance, ça n'engendre rien de bon dans mon cas. Souvent, je n'ai même pas besoin de réfléchir pour reprendre soudainement le rôle des comédiens sur scène. Car les règles de ma participation sont en général déjà posées. En matière de pédagogie, les metteurs en scène semblent savoir précisément comment m'expliquer de manière claire et précise que ma zone de confort n'existe plus et que penser ne signifie aucunement agir.

Alors je me tiens là, recroquevillée sur moi même, avec ce malaise qu'ont ceux qui ne veulent pas participer. Parce qu'on ne me laisse à vrai dire pas le choix et qu'on ne cherche en fait qu'à me donner en spectacle. C'est pour moi l'inverse de la participation. Lorsque de telles formes invitent à la réflexion et sont supposées m'amener à savoir de quelles actions je veux être responsable, ça n'a pour moi qu'une conséquence logique. Je m'en vais. Non pas parce que je n'ai pas envie de participer au dialogue mais parce que je refuse une discussion qu'un autre a déjà conclue pour moi.

Judith Engel

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